Éducation nationale : l’effondrement continue, par Xavier Eman

Éducation nationale

Le bateau ivre de l’Education nationale n’en finit pas de dériver et le naufrage final semble de plus en plus proche. Tous les ingrédients d’une inéluctable catastrophe sont en effet réunis depuis bien trop longtemps pour espérer encore une issue heureuse à la crise actuelle de l’enseignement. Violence endémique, analphabétisme galopant, inculture crasse, rupture de la transmission, wokisme rampant, nivellement par le bas, l’idéologie égalitariste et immigrationniste a conduit ce pivot central de la société qu’est l’enseignement au bord du gouffre. Même les plus aveuglés des pédagogues « progressistes » n’osent plus assumer le ridicule de prétendre que le « niveau monte » et sont contraints d’admettre le fiasco général. En plus, à tous ces maux, s’ajoute aujourd’hui la pénurie croissante de professeurs. Ainsi, à Versailles, la plus grande académie de France, seulement 424 futurs enseignants ont été admis aux concours pour 1 430 postes proposés. Un taux historiquement bas qui entraîne une situation inquiétante, alarmante même selon les syndicats. « On a seulement un poste sur trois d’enseignants pourvu en Ile-de-France, c’est catastrophique », s’émeut ainsi auprès de l’AFP la secrétaire générale du Snuipp-FSU, Guislaine David. Cette crise de recrutement est en effet sans précédent. Elle est le produit d’un double phénomène : la baisse drastique du nombre de candidats et l’écroulement du niveau de ceux qui veulent encore embrasser cette carrière sinistrée. Car non seulement rejoindre l’enseignement ne fait plus rêver personne, mais c’est au contraire une perspective devenue un véritable repoussoir qui n’attire guère plus que les bras cassés et les désespérés ne trouvant pas d’autres possibilités d’emploi. Jadis considéré et respecté, le métier d’enseignant est désormais tombé au fond d’un caniveau dont plus personne ne semble parvenir à l’extraire. Qui voudrait en effet rejoindre d’enthousiasme une institution dans laquelle, en plus d’être mal payé, on se retrouve quotidiennement confronté à des hordes de néo-barbares aussi ignares qu’agressifs et vindicatifs, ne maîtrisant pas plus les bases de la langue française que celles de la plus infime politesse, et qui insultent leurs professeurs quand ils ne les agressent pas ? Même les plus hallucinés chantres gauchistes du « vivre ensemble » ne veulent plus entrer dans l’arène et préfèrent opter pour d’autres métiers moins exposés aux conséquences directes et concrètes de leurs délires idéologiques.

Face à cette situation, le nouveau ministre de l’Education nationale, Pap Ndiaye, ne semble pas plus inquiet que cela et annonce simplement une hausse de rémunération des enseignants en 2023 afin de « motiver les troupes ». Il affirme même, dans un bel exemple de méthode Coué, qu’il y aura un professeur dans chaque classe à la rentrée, malgré les graves difficultés de recrutement évoquées. L’historien promet également qu’il travaillera pour que l’école permette de « davantage réduire les inégalités » et qu’il ne remettra en cause ni Parcoursup ni la réforme du lycée mise en place par son prédécesseur, Jean-Michel Blanquer. Pas de rupture donc, ni de grande nouveauté à l’horizon, qui reste bien sombre. On aurait pourtant pu espérer que le ministre s’inspire des méthodes éducatives et pédagogiques de la prestigieuse Ecole alsacienne où il a placé ses enfants pour remettre un peu d’ordre, d’autorité et d’excellence dans les écoles, collèges et lycées de France. Mais il n’en sera rien, ce qui est bon pour les enfants de l’élite « républicaine » ne semble pas l’être pour la plèbe qui devra encore attendre pour que ses enfants connaissent une « scolarité sereine » et de qualité.

Xavier Eman

Article paru dans Présent daté du 27 juin 2022

L’heureuse irruption politique des parias, par Ivan Rioufol

Ivan Rioufol

Pari perdu : Emmanuel Macron a produit, dans sa pratique de la défausse et du « en même temps », une apparente coquecigrue politique au cœur de l’Assemblée ; un assemblage hétéroclite de formations et de partis qui vont obliger les élites à quitter leur nombrilisme. Réélu le 24 avril après avoir agité la peur du populisme, le chef de l’État se retrouve nez à nez, à l’issue du second tour des législatives, avec les parias qu’il avait chassés. Son quinquennat, qu’il espérait poursuivre dans une hyperprésidence et un parti quasi monopolistique, est stoppé net par le réveil des somnambules.

Ce n’est pas la Nupes de Jean-Luc Mélenchon qui crée la surprise, même si l’addition des carpes et des lapins (qui déjà s’éparpillent) peut revendiquer 131 députés. Le vainqueur est le parti de Marine Le Pen. C’est lui que les électeurs ont choisi de promouvoir à l’Assemblée. Avec 89 députés, le RN est le premier parti d’opposition.

La Révolution des œillères, ainsi nommée par votre serviteur pour désigner la pression des réalités sur les idéologues et leurs toutous, est une force qui s’accélère. Elle est appelée à bousculer les citadelles construites sur le déni. Leur monde du trompe-l’œil, décrit ici la semaine dernière, est voué à disparaître sous la pression des faits, que le révisionnisme officiel cherche à effacer.

Quand, dans Le Point, l’ancien ambassadeur de France à Washington Gérard Araud déplore qu’« on affole à coups d’incidents montés en épingle », parlant des razzias des voyous de Seine-Saint-Denis contre des supporteurs anglais ou espagnols autour du Stade de France, le diplomate illustre l’aveuglement d’une classe hautaine. Le gouvernement a cherché à dissimuler les comportements des racailles en accusant des Britanniques agressés : ce mensonge d’État a contribué à attiser l’exaspération.

Ce sont des électeurs en colère (« la France rance », selon Bernard-Henri Lévy, jeudi sur CNews) qui, sans attendre des mots d’ordre ou des arrangements d’appareils, ont bousculé l’entre-soi du Système.

Pour lire la suite, c’est ici !

Pour la Commission européenne, le FEMYSO, l’ONG proche des frères musulmans à l’initiative de la campagne #joyinhijab, n’a violé aucune des valeurs de l’Union européenne

Yassine BELATTAR vs. Jordan FLORENTIN : on a les images de vidéosurveillance !

28/06/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Le 20 novembre 2021, Jordan Florentin accusait Yassine Belattar de séquestration. Après s’être rendu à une représentation du spectacle de l’humoriste controversé, le journaliste de Livre Noir dit avoir été empêché de partir du théâtre pendant près d’une heure.

VA+ s’est procuré les images de vidéosurveillance du théâtre pour les décrypter. Alors fausse accusation ou vraie séquestration ?


[Interview] Edwige Diaz, députée RN : « Le Rassemblement National qui n’a plus la moindre influence sur les décisions, c’est fini »

Edwige Diaz

Les nouveaux députés élus à l’Assemblée nationale suite aux élections législatives de juin 2022 ont fait leur pré rentrée cette semaine, à la découverte de l’Institution, de son fonctionnement, de ses lieux chargés d’histoire. Place désormais au travail. Parmi les nouveaux députés, qui vont faire leurs premiers pas dans l’hémicycle, une étoile montante du RN depuis quelques années, Edwige Diaz, en provenance d’Aquitaine.

Breizh-info a voulu recueillir ses impressions après les élections mais aussi les ambitions et les sujets sur lesquels l’important groupe RN (89 députés) va mener la charge dans les prochains mois.

Breizh-info.com : Tout d’abord, à titre individuel, quelle est votre réaction après vos élections en tant que député ? Il s’agit d’une ascension fulgurante pour vous non ?

Edwige Diaz :
Je remercie sincèrement les plus de 25 000 électeurs qui m’ont accordé leur confiance. Je ne les décevrai pas. C’est un résultat historique. Jamais ma circonscription n’avait eu de Député Rassemblement National dans cette terre très ancrée à gauche.

C’est le fruit d’un immense travail d’implantation sur le territoire. Je suis en campagne depuis 5 ans dans le Blayais et le Coutradais. J’ai participé à toutes les élections locales. J’ai multiplié les listes aux municipales dans la circonscription. Je n’ai pas raté une seule fête champêtre, une seule manifestation, un seul marché ou vide-grenier, ni la moindre commémoration. Au-delà de nos thèmes qui reçoivent un fort écho dans la population, j’ai bénéficié d’une prime à la proximité. Ici, tout le monde me connait et connait mon attachement à notre territoire.

Marine Le Pen l’avait très bien compris lorsqu’elle nous a demandé, dès son élection à la présidence du Front National à l’époque, la clé du succès, c’est l’implantation territoriale ! Nous en récoltons les fruits aujourd’hui.

Breizh-info.com : Collectivement, le RN porte 89 députés à l’Assemblée nationale, contre toute attente. Quels sont vos premiers commentaires ?

Edwige Diaz : C’est un résultat historique qu’aucun observateur n’avait vu venir, mais ne suis pas aussi surprise que vous. Durant la campagne, nous sentions qu’il se passait quelque chose. Contrairement à de précédentes élections législatives, notre électorat est resté extrêmement mobilisé suite à nos scores très encourageants à la présidentielle.

Nos électeurs avaient compris l’enjeu de ce troisième tour de la présidentielle : faire barrage à Macron et l’empêcher d’avoir les pleins pouvoirs pendant 5 ans.

Pendant que les médias en faisait des caisses sur Jean-Luc Mélenchon et ses promesses délirantes, nous, nous étions sur le terrain au contact des Français pour leur dire de ne rien lâcher. Le résultat est sans appel : les Français nous ont proclamé première opposition à la présidentielle, ils ont confirmé leur vote aux législatives en faisant de nous le premier groupe parlementaire d’opposition.

C’est peut-être ce qui nous manquait jusqu’ici. En 10 ans, nous sommes passés de parti de contestation à parti d’opposition mais avant de devenir un parti de Gouvernement, il nous fallait d’abord devenir un parti institutionnalisé. C’est désormais le cas. Ce mandat va nous permettre de préparer 2027 en faisant émerger une nouvelle élite patriote dans les rangs de l’Assemblée Nationale. Dans 5 ans, nous nous présenterons aux Français avec des cadres expérimentés, rompus à la vie parlementaire et clairement identifiés par les Français. Cela pèsera dans les prochains votes. La prochaine campagne présidentielle commence aujourd’hui.

Breizh-info.com : Ce nombre, inédit, à l’Assemblée, vous oblige aussi, d’une certaine façon, à des résultats, car pour le coup, le RN n’aura jamais eu autant de pouvoir. Quelles sont les grandes thématiques sur lesquelles vous allez vous battre dans l’hémicycle ? Une pa ortie de la droite nationale a reproché au RN sa mollesse sur la question de l’immigration, qu’en sera-t-il ?

Edwige Diaz : Le Rassemblement National qui n’a plus la moindre influence sur les décisions, c’est fini ! Avec le premier groupe d’opposition, nous sommes désormais incontournables dan l’hémicycle. Les macronistes sont extrêmement affaiblis et n’auront pas d’autres choix que de nous faire des concessions. Contrairement à l’extrême-gauche qui est là pour mettre le bazar et transformer l’Assemblée en ZAD, nous serons fermes mais constructifs. Nous sommes là pour incarner l’opposition, pas pour faire de l’obstruction permanente. Quand un texte ira dans le bon sens, nous le voterons.

Mais accepter des compromis ne veut pas dire se compromettre. Nous resterons fidèles à ce pour quoi nos électeurs nous ont fait confiance.

Nous ne lâcherons rien face aux deux principaux blocs que nous affronterons, composés de ceux qui veulent détruire la France pour l’un, et de ceux qui veulent la détruire encore plus vite pour l’autre.

Nous nous battrons pour rendre aux Français leur pays, leur argent et leur parole.

Pendant les 5 prochaines années, nous serons en première ligne pour combattre le saccage social, la hausse du coût de la vie et la retraite à 65 ans, pour empêcher la saignée fiscale, pour lutter contre l’effondrement de l’Etat dans l’école, dans la sécurité, dans la justice et dans la santé. Nous ne céderons également pas un seul pouce face aux provocations de l’extrême-gauche Burkini. Cette extrême-gauche immigrationniste, communautariste, anti-laïcité, anti-flic, anti-nucléaire, bref anti tout et surtout anti Française.

Face aux Députés de la République McKinsey et aux Députés de la République Traoré, nous serons des Députés de la République française. Nous serons les porte-paroles de cette France qui a tant souffert, tant été oubliée et tant été méprisée pendant ces 5 dernières années.

Pour lire la suite, c’est ici !

Christian Estrosi déclare en plein conseil métropolitain : « J’ai des informations selon lesquelles le Pass Vaccinal pourrait être réactivé dès le 1er août prochain »

Plus de députés employés, ouvriers et agriculteurs au RN qu’à la NUPES !

RN assemblée nationale

L’Assemblée nationale est-elle représentative de la société française ? Franceinfo a publié une étude dévoilant la composition de l’Hémicycle. Sans surprise, les catégories socioprofessionnelles supérieures (cadres) dominent les bancs de velours rouge, avec 61 % des députés élus. Pourtant, les cadres et professions intellectuelles supérieures ne sont que 9,5 %, dans la population française. Mais l’Assemblée nationale doit-elle réellement être un copier-coller de sociologie française ? Certains pensent que oui. C’est, d’ailleurs, une critique récurrente, ces dernières années : « Combien y a-t-il d’ouvriers à l’Assemblée nationale ? » s’interrogent les médias. Observe-t-on un changement depuis l’arrivée des nouveaux élus ?

Indéniablement, oui ! Depuis dimanche 19 juin, les médias se sont ainsi intéressés à la nouvelle députée NUPES, Rachel Kéké, anciennement femme de ménage. Le Parisien, Europe 1 ou BFM TV ont largement salué sa victoire. Un traitement médiatique bien différent de celui réservé à Lisette Pollet, élue RN de la Drôme, pourtant elle aussi femme de ménage.

Or, c’est pourtant au sein du groupe Rassemblement national qu’on trouve le plus de « diversité » sociale. Les professions intermédiaires représentent 10 % des députés RN, contre seulement 6 % parmi les élus NUPES, et 5 % dans l’ensemble des formations politiques. Dans le pays, les ouvriers, employés et professions intermédiaires représentent 42 % de la population française. La NUPES, qui allie l’extrême gauche et la gauche, compte 63 % de cadres parmi ses députés, contre… 49 % pour le RN. Parmi les deux groupes parlementaires, les employés sont plus nombreux, en pourcentage, au RN (11 %) qu’à la NUPES (7 %), comme les agriculteurs (2 %, contre 0 % à la NUPES !) et même comme les ouvriers (3 % au RN, contre 2 % à la NUPES) ! Qui représente donc vraiment le peuple ?

Le cas de Lisette Pollet n’est ainsi pas isolé au sein du groupe Rassemblement national. Romain Baubry a 33 ans et un CV bien rempli. Il a été successivement gendarme pendant deux ans, gardien de prison pendant cinq ans et policier. Avec son élection dans la 15e circonscription des Bouches-du-Rhône, le jeune homme va quitter son uniforme bleu pour un costume cravate. On peut également trouver, au sein du groupe RN, un chauffeur-livreur de 29 ans, un accordeur de piano – José Beaurain -, accessoirement vice-champion de France de bodybuilding, une auxiliaire de vie dans l’Eure (Christine Loir) ou encore un matelot de 23 ans.

Ces exemples illustrent parfaitement le déplacement de l’électorat populaire vers le Front puis le Rassemblement national. Cela fait bien longtemps que la gauche n’arrive plus à capter le vote rural et ouvrier. Le député LFI François Ruffin reconnaît d’ailleurs lui-même le phénomène et mettait en garde récemment, dans les colonnes du Monde : « On ne doit pas devenir la gauche des métropoles contre la droite et l’extrême droite des bourgs et des champs. » Trop tard !

Kevin Tanguy

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

« Trop d’immigration » pour 65 % des Français, par Guy Denaere

immigration chard

CNews a publié ce jeudi un sondage de l’institut CSA : 65 % des Français estiment qu’il y a trop d’immigration en France. Une proportion qui monte à 100 % des personnes interrogées qui se disent RN ou Reconquête, et qui descend à 7 % chez celles qui se disent PS.

S’il y a « trop » d’immigration, ce n’est pas au sens où l’on dit fautivement « c’est trop bien », non, il s’agit bien d’un excès, d’un événement négatif. A quoi les Français jaugent-ils ce trop ? Le sondage ne le dit pas. Il y a d’abord l’insécurité, qui n’est pas un sentiment mais qui se décline, concrètement, jour après jour, dans les violences dont on n’a qu’un écho très affaibli dans les grands médias. Violence à l’égard des personnes, violences à l’égard des forces de l’ordre : un policier agressé samedi 18 juin à Saint-Ouen, un commissariat attaqué le lendemain à Champigny-sur-Marne, deux policiers municipaux violemment agressés mardi 21 dans la cité Gabriel-Péri (Saint-Denis) par une dizaine de personnes après le contrôle d’un guetteur… Mais aussi une violence environnante : au mois de mai, par deux fois, des bagarres avec machettes et couteaux ont éclaté à Noisy-le-Sec devant l’école maternelle Petit-Prince (sur quelle planète vit-on ?), un « jeune ensanglanté » a même tenté de se réfugier dans l’école en pleine journée… Une insécurité qui croît en Seine-Saint-Denis et en région parisienne, mais tout autant en province qu’au cœur de Paris : Rachida Dati propose de clôturer le Champ-de-Mars et de le fermer pendant la nuit tellement la situation y est hors de contrôle.

Les sondages sur l’insécurité donnent d’ailleurs des chiffres proches de celui sur l’immigration : selon un sondage Ifop pour Sud Radio (3 juin dernier), 69 % des personnes interrogées estiment que « l’insécurité a augmenté » ; en septembre 2020, 70 % des Français jugeaient justifié le terme « d’ensauvagement » employé par Darmanin pour qualifier la violence et la délinquance.

Il y a ensuite, pour expliquer ce « trop d’immigration », le Grand Remplacement à l’œuvre. Là encore, croisons les sondages : 67 % de Français se disaient inquiets d’un « grand remplacement » en octobre dernier (sondage Harris Interactive pour Challenges). Femmes voilées et hommes barbus, populations exogènes majoritaires et qui font sentir aux Blancs qu’ils ne sont pas les bienvenus dans le quartier, ou dans l’établissement scolaire, ou dans la rame de métro, préférence étrangère, etc., chacun de nous en connaît les manifestations.

Mais pourquoi ces 65 % de Français n’ont-ils pas donné 65 % des suffrages à Marine Le Pen et Eric Zemmour lors des présidentielles, ou aux candidats RN et Reconquête lors des législatives ? Le barrage psychologique est solidement ancré dans les consciences depuis les années 1980 : quoi qu’on vive au quotidien, il ne faut pas voter « extrême droite », c’est mal. Comme le barrage « républicain », ce barrage-là n’en finit pas de céder. Il explique sans doute en partie ce mystère du vote et de l’abstention qui ne convertit pas en élection une idée ou une expérience.

Guy Denaere

Article paru dans Présent daté du 24 juin 2022

Alain Finkielkraut : le vote des électeurs pour le RN s’est fait pour «une raison très estimable», ils font valoir leur «droit à la continuité historique»

Quand le RN s’éveillera… le système tremblera, par François Bousquet

Marine Le Pen

Le RN est un habitué des podiums, mais rarement de la première marche. Il ne l’a certes pas atteinte aux législatives, mais un déclic s’est produit, qui sait même : un séisme !

Vous rappelez-vous le livre d’Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera… ? Je ne sais pourquoi, il me fait penser au parti de Marine Le Pen : Quand le RN s’éveillera, le système tremblera. Le RN est un géant endormi qui a découvert dimanche soir sa force électorale avec incrédulité, presque timidement, en se pinçant pour y croire. Jusque-là le parti de Marine ne la connaissait qu’à moitié, cette force, et pour cause : il ne s’en est jamais vraiment servi. Elle est là pourtant, dormante, solide, comme une chaîne de volcans qui sommeillent et ne demandent qu’à se réveiller. Or, ils se sont réveillés ce dimanche et la terre a tremblé jusqu’au Palais-Bourbon. C’est la tectonique des plaques électorales qui s’en trouve modifiée. Avec plus de 13 millions de voix à la présidentielle, Marine avait déjà atteint une masse critique suffisante, celle-là même qui rend possible les réactions en chaîne. « Too big to fail », comme on dit des géants de la finance et de l’économie. Oui, le RN est devenu too big to fail. Trop grand pour tomber. Ce qui signe, qu’on le veuille ou non, l’avis de décès du zemmourisme politique (mais pas métapolitique). Cependant, même à 13 millions, le RN restait une minorité de blocage, 41 % : impossible de faire quoi que ce soit sans son aval, mais impossible de conquérir une majorité politique, d’où les dissidences Mégret et Zemmour. Or, cette minorité de blocage n’en est virtuellement plus une. Ou plutôt : le blocage est levé. Il était d’abord dans la tête de Marine, n’en déplaise à ses partisans les plus sourcilleux.

Le plafond de verre dans la tête

Le RN a beau s’en défendre : jusqu’à présent il n’a jamais cru possible d’accéder au pouvoir. L’économie psychique du RN se résumait à un comportement d’échec aussi rodé, si j’ose dire, qu’une bonne vieille copine qui foire pour la cinquième fois son permis de conduire parce qu’elle est terrorisée à l’idée d’affronter l’examinateur. On en connaît tous une. Des preuves ? Rembobinons le magnéto. 2017, le matin même du débat de l’entre-deux-tours, la migraine ophtalmique de Marine, suivie d’une quasi-cécité, en guise d’acte manqué ; « l’éclatante victoire » au soir du deuxième tour, il y a deux mois, en guise d’aveu et de lapsus révélateur. À croire que le désir inconscient du RN, c’était de jouer à jamais les seconds rôles au second tour, comme une sorte d’US Quevilly football qui s’inviterait tous les cinq ans en finale de la Coupe de France. Il ne s’agit pas de gagner le match de la présidentielle. Être en finale suffit à son bonheur. Comment du reste, je vous le demande, l’US Quevilly pourrait-elle battre des clubs-États comme le PSG ? Or, le RN est en train de comprendre qu’il n’est pas l’US Quevilly de la politique, mais l’équivalent de 10, de 20, de 100 circonscriptions qui abriteraient chacune d’entre elles une section de l’US Quevilly. Car c’est cela, la sociologie du RN. Ainsi le syndrome Poulidor qui hypothéquait le RN est-il en passe d’être levé.

C’est la même chose avec le plafond de verre. Il étreignait comme un obstacle têtu, paralysant, la tête de la dirigeante du RN, elle qui s’est longtemps sentie dans la peau d’une héritière illégitime vouée à faire de la figuration dans toutes les élections intermédiaires : celle qu’on éconduit le jour du mariage, la mauvaise élève qui traîne un complexe d’infériorité insurmontable et ne réussira jamais le concours d’entrée de l’ENA, la fêtarde qui ne se prépare pas comme une athlète de haut niveau, etc. Or, elle a prouvé son aptitude à la résilience et à l’adversité. On l’a donnée pour morte trois ou quatre fois et c’est elle qui regarde passer les cadavres assise au bord de la rivière.

Quelle débandade ! On compte les morts avec plaisir. Manuel Valls, traître de comédie, touché-coulé ; Christophe Castaner, le type même de l’imitation homme viril dans un catalogue de mode, à la trappe ; le maréchal Ferrand de la macronie, Richard Ferrand, au tapis en attendant de repasser devant le juge comme en 2017. Moribonde, l’arnaque du front républicain. En réanimation, les LR, exception faite de la bande à Laurent Wauquiez, homme fort d’un parti faible. Mort-née, la Élisabeth Borne, oisillon à l’air pincé qui se prenait pour un aigle.

Électeur invisible, pour qui chantes-tu ?

Du RN, on ne voit habituellement que la partie émergée de l’iceberg électoral, l’autre est méthodiquement, médiatiquement invisibilisée. Question à 1 000 euros : qui a déjà rencontré dans la file d’attente de la boulangerie un électeur de Marine ? Personne. C’est bien simple, on ne le voit jamais, cet électeur. Il entre toujours par effraction dans l’actualité, lors de l’enterrement de Johnny ou des premiers actes des Gilets jaunes. Il est refoulé partout. Aucune politique de reconnaissance à son attention. Aucun relais dans les médias centraux. Aucun quota dans les séries télévisées. Il n’y a que Marine pour s’en faire la championne, et de-ci de-là un François Ruffin. Le RN est une terra incognita. Ses électeurs ressemblent au constat dressé par Ralph Ellison dans son livre, Homme invisible, pour qui chantes-tu ? (1952), consacré aux Noirs américains au temps de la ségrégation. Ce n’étaient que des ombres fuyantes que personne ne voulait voir. Les journalistes devraient lire le terrible chef-d’œuvre de Ralph Ellison pour savoir ce que ça signifie que d’être invisible, un fantôme social. Dimanche soir, le fantôme est sorti de la pénombre.

On a beaucoup critiqué le RN, moi le premier, et je continuerai à le faire tant il est vrai que le parti de Marine devrait être au pouvoir – tous ses axes programmatiques sont majoritaires dans l’opinion. Or, jusqu’à présent les gens ne voulaient surtout pas du médium (le RN), alors qu’ils plébiscitaient le message, pour paraphraser Marshall McLuhan qui disait : le médium c’est le message. Ce qui est désormais le cas pour Marine : elle et son programme ne font plus qu’un.

Sans revenir aux législatives de 2017, la remontada du RN est impressionnante, ne serait-ce que par rapport aux régionales de 2021. Personne, même les plus audacieux marinistes, ne donnait le RN aussi haut. En faisant le service minimum, le RN rafle 89 députés, comme le chiffre de mon département, numéro fétiche, qui a envoyé Julien Odoul à la Chambre. Une razzia dans l’Aude, les Pyrénées-Orientales, la Haute-Marne et la Haute-Saône. Le RN a vaincu le signe indien des législatives, sans le vouloir, sans alliance, sans effort, par un simple effet mécanique, bien aidé par les scènes de sauvagerie au Stade de France. On n’ose à peine imaginer ce qu’il en aurait été s’il avait fait le service maximum, après une campagne à la Mélenchon. Élisez-moi Première ministre !

Pour lire la suite, c’est ici !

Institute for Strategic Dialogue : tous unis contre la haine !

ISD France

Le 8 juin 2022, Le Monde publiait un article intitulé « Les influences prorusses en ordre de bataille » et s’appuyant sur une étude de « l’organisation indépendante Institute for Strategic Dialogue » (ISD). Dans le viseur de cette étude : des « personnes réparties dans huit pays occidentaux » accusées de « disséminer la propagande du Kremlin » et d’avoir des liens « flous » avec Moscou.

Deux Françaises sur la liste

Sur les douze influenceurs qui « répandent des discours de désinformation prorusses » identifiés par l’ISD, deux sont des Françaises : Anne-Laure Bonnel et Christelle Néant. Leur crime ? Présenter une version du conflit russo-ukrainien sensiblement différente de celle propagée par les médias de grand chemin occidentaux.

Anne-Laure Bonnel est connue pour son documentaire réalisé en 2016 sur le Donbass dans lequel elle montre que la vie des populations russes n’était pas un parcours de santé dans cette région alors encore sous le contrôle de Kiev. Fake-news, « fables concoctées par la télévision russe », selon le correspondant du Monde à Moscou, Benoît Vitkine.

Christelle Néant vit depuis six ans dans le Donbass d’où elle anime son média Donbass Insider. Elle se permet régulièrement de rappeler les liens entre Kiev et les bataillons néonazis ukrainiens, photos à l’appui. Une vue de l’esprit, circulez y’ a rien à voir !

Les passions que déchaîne dans la presse le bataillon Azov, débouchent systématiquement sur des situations totalement absurdes, comme par exemple le 30 mai, quand The Times titrait « Azov Battalion drops neo-Nazi symbol exploited by Russian propagandists » (Le bataillon Azov abandonne le symbole néo-nazi [sur son insigne] exploité par les propagandistes russes). À rien y comprendre, sauf si l’on part du principe que le quotidien de Rupert Murdoch se moque ouvertement de ses lecteurs.

L’ISD, boîte à idées contre la haine

Fondé en 2006 et principalement implanté à Berlin, Londres, Paris et Washington, l’ISD produit des études et des analyses sur ce qu’il considère comme étant les fléaux de notre temps, entre autres par la pratique du counter-narrative (la contre-narration). Ses domaines de recherche sont les suivants :

– La désinformation (désinformation électorale, climatique et sanitaire, réseaux conspirationnistes)
– L’extrémisme (extrémisme d’extrême-droite, islamisme, femmes et extrémisme)
– Polarisation et haine (islamophobie, antisémitisme, misogynie, LGBTQ)

Plus qu’un think-thank, un véritable tank destiné à broyer tous les esprits réfractaires sur son passage !

De mèche avec Facebook et Google

L’ISD est connu pour avoir lancé des projets en partenariat avec Google et Facebook dans le but de lutter contre la haine et l’extrémisme en ligne.

C’est le cas du fonds d’innovation d’un million de livres sterling créé en 2017 avec google.org dont le but est de « développer des solutions contre la haine et l’extrémisme » au Royaume-Uni. Cette enveloppe faisait partie des cinq millions de livres sterling consacrés par Google.org à cette cause au niveau mondial.

L’ISD dispose également d’un partenariat stratégique avec Facebook dans le cadre de son programme nommé Online Civil Courage Initiative (OCCI — Initiative pour le courage civil en ligne) lancé en 2016 en Allemagne puis en 2017 en France et en Angleterre. Cette initiative est « le premier effort stratégique non gouvernemental visant à organiser une réponse proportionnelle à l’échelle européenne à la haine, à la violence et au terrorisme en ligne. L’OCCI combine l’expertise de la technologie, de la communication, du marketing et du monde universitaire afin d’améliorer les compétences et la réponse civique à la haine et à l’extrémisme en ligne. »

Pour ses projets de lutte contre la haine en ligne, l’ISD peut compter sur son réseau YouthCAN (Youth Civil Activism Network), le principal réseau mondial de jeunes se consacrant à la lutte contre l’extrémisme, la polarisation, les discours de haine et la désinformation. Ils forment une communauté plus de 1 900 jeunes militants, créateurs et entrepreneurs dans le domaine de la technologie dans plus de 130 pays.

Pour lire la suite, c’est ici !

Succès du RN : le Système a perdu une bataille, mais pas la guerre, par Michel Geoffroy

succès RN

Ce devait être la martingale infaillible : pour la présidentielle, un duel Macron-Le Pen conduisant la gauche extrême à voter pour le premier afin de « faire barrage » à la seconde. Et pour les législatives, la même gauche en repoussoir pour effrayer le bourgeois et présenter Ensemble comme un recours. Las, il suffisait de regarder les mines réjouissantes des médiacrates, dimanche soir, pour se douter que cette belle manœuvre avait échoué.

Caramba, Jupiter s’est planté !

Non seulement la NUPES n’atteint pas du tout les scores mirifiques que nous promettaient les instituts de sondage – ce qui démontre en passant le caractère hautement « scientifique » de leurs travaux ! – mais avec 89 élus, le RN enregistre une progression sans précédent.
Au point que le Président Macron ne dispose pas de la majorité absolue des sièges à l’Assemblée nationale et se retrouve de fait dans une situation de cohabitation non-désirée, obligé de constituer des alliances de circonstance, comme au bon vieux temps de la quatrième république.

Caramba, Jupiter s’est planté !

Les astrologues médiatiques tombés dans un puits

Trop occupés à faire la promotion de la NUPES, les médias mainstream (plus de 50 % du temps de parole donnés aux candidats NUPES sans que cela ne gêne l’Arcom !) et les instituts de sondage ont en effet totalement sous-estimé deux phénomènes :

– d’une part, la très grande déception, pour ne pas dire plus, de l’opinion devant la réélection d’Emmanuel Macron, le gendre de moins en moins idéal ;
– d’autre part, l’inquiétude que suscitait la perspective d’un second mandat sans aucun contrepoids politique. Inquiétude renforcée par le ralliement ostensible d’Emmanuel Macron au camp des bellicistes anglo-saxons et par son indifférence affichée aux conséquences catastrophiques des sanctions antirusses.

Les experts de plateaux télé ont aussi négligé que la diabolisation de Reconquête avait aussi servi l’image du RN et que si l’union de la droite ne se faisait pas au niveau des états-majors, elle pouvait se faire dans les urnes. Il est d’ailleurs probable qu’une alliance RN-Reconquête au premier tour des législatives aurait amplifié la débandade des candidats macroniens, globalement dépourvus d’implantation locale réelle.

Raison garder

La belle percée électorale du RN, malgré tous les obstacles placés sur sa route, témoigne de son implantation populaire. Elle confirme aussi qu’en politique le désespoir absolu est bien la sottise absolue.

Mais il faut cependant raison garder.

D’abord l’histoire parlementaire abonde d’exemples où de braves gens, élus sous une étiquette de rupture, ont été vite digérés par le régime. Ce fut notamment le cas des élus poujadistes sous la IVème république[1].

Sur ce plan la gauche échappe généralement à ce péril car elle est plus motivée idéologiquement et plus disciplinée.
Le RN, dont l’expérience parlementaire est limitée, va donc devoir faire preuve de vigilance et de compétence afin d’éviter cet écueil.

La France ingouvernable, vraiment ?

Ensuite, il faut relativiser une victoire électorale parce que l’Assemblée nationale a tout simplement perdu l’essentiel de ses pouvoirs au 21e siècle. Nous ne sommes plus en 1958 ni même en 1981 !
Les médias nous abreuvent de titres selon lesquels la France serait devenue « ingouvernable » depuis le 19 juin. Quelle plaisanterie !

La France va au contraire continuer d’être gouvernée par la Commission Européenne – qui fixe chaque année nos grandes orientations de réformes –, par la BCE, par l’OTAN, par le pouvoir judiciaire (non élu…), par les lobbies, les ONG ou les dirigeants des grandes entreprises mondialisées.

Face à tous ces vrais pouvoirs, notre parlement – dont l’essentiel de l’activité législative consiste, il faut le rappeler, à retranscrire des directives bruxelloises – compte les coups, en simple spectateur. Même ses pouvoirs de contrôle sont incapables de rivaliser avec eux et sont de toute façon très inférieurs à ceux des parlements étrangers, notamment anglo-saxons.

Pour lire la suite, c’est ici !

Allocution présidentielle – Furibard, Macron contraint de composer

macron

Après avoir reçu à l’Elysée, la veille et le jour même, les responsables politiques des partis représentés à l’Assemblée (Christian Jacob, Olivier Faure, Marine Le Pen, Fabien Roussel, Julien Bayou, Mathilde Panot et Edouard Philippe), Emmanuel Macron s’est adressé aux Français mercredi soir. Comment envisage-t-il son quinquennat, maintenant que les Français ne lui ont donné qu’une majorité relative à l’Assemblée ? Il nous l’a fait « à la Macron », furieux comme un enfant qu’on force à prêter ses jouets, mâchoire serrée, regard dur qui n’a cillé que quatre fois en huit minutes (le site Doctissimo classe l’absence de clignement des paupières parmi les dix signes révélateurs de mensonge !) et, au fond, pas plus compréhensif – juste forcé d’en rabattre.

Contraint de ne plus gouverner seul mais de tenir compte des députés, Macron a proposé deux pistes : soit une coalition, soit une majorité au cas par cas en fonction des projets de loi, afin d’éviter le blocage sur des questions à traiter urgemment comme le pouvoir d’achat, la sécurité et la transition écologique. Une proposition assortie d’un ultimatum, le président voulant être fixé à son retour de Bruxelles ce vendredi : « Il faudra clarifier dans les prochains jours la part de responsabilité et de coopération que les différentes formations de l’Assemblée nationale sont prêtes à prendre : entrer dans une coalition de gouvernement et d’action ? S’engager à voter simplement certains textes ? Notre budget ? Lesquels ? »

Il reste bien le Macron à la main de fer dans un gantelet de métal. Les crises sociales et sanitaires, ni la claque législative, ne lui ont assoupli le cuir. Poser un ultimatum à ses opposants d’aujourd’hui, est-ce le meilleur moyen de s’en faire des alliés de demain ? Non, et les responsables politiques de tout bord n’ont pas attendu qu’il rentre du Parlement européen pour lui signifier, dès mercredi soir, que de coalition il n’est pas question. « Les 89 députés du Rassemblement national, élus de conviction, n’entreront jamais dans une coalition macroniste pour mettre en œuvre des orientations qu’ils entendent combattre », a réagi le RN qui a d’ores et déjà choisi le cas par cas : « Inscrivant leur action dans le cadre d’une opposition responsable, ils réaffirment, toutefois, leur intention d’examiner les textes à la lumière de l’intérêt des Français et de la France. »

Dès la loi sur le pouvoir d’achat qui va être discutée en juillet à l’Assemblée, Macron va donc devoir adoucir ses projets de réformes, amender, composer, maintenant que le Parlement n’est plus une simple chambre d’enregistrement au service d’un président autocratique. La voilà, la « configuration nouvelle » qu’il a appelée de ses vœux… à son corps défendant. Combien de temps supportera-t-il la contradiction parlementaire ? Avec l’ego qu’on lui connaît, résistera-t-il à la tentation de dissoudre l’Assemblée en espérant retrouver l’omnipotence ?

Guy Denaere

Article paru dans Présent daté du 23 juin 2022

« Wallah, Benzema j’arrive. Le Coran […] » : Sans avoir de place, Adel, 17 ans, est parvenu à assister à la finale de la Ligue des champions au Stade de France

89 députés du RN – C’est pas moi, c’est l’autre !, par Philippe Bilger

Marine Le Pen

Il est parfois réjouissant de lire ce quotidien que je ne manquerais pour rien au monde et qui en même temps m’intéresse et m’agace. On a compris que je faisais allusion au journal Le Monde.

On pouvait compter sur lui pour continuer à traiter les 89 députés du RN d’extrême droite – ils n’ont même pas droit à l’adjectif « radicale » comme l’extrême gauche de Mélenchon ! – et pour consacrer rien moins qu’une double page à ce problème capital, quoique dépassé et ayant perdu toute urgence : qui est responsable de cette arrivée impressionnante du RN à l’Assemblée nationale ?

Pour la Nupes, « les macronistes sont les accusés » et, pour Renaissance, la Nupes a une grosse part de responsabilité !

Ce jeu du « c’est pas moi, c’est l’autre » pourrait, avec sa puérilité partisane, prêter au comique si en réalité, derrière cette façade, ce double antagonisme n’occultait pas le fond du sujet et, sans forcer le trait, d’une certaine manière, la vérité du vote et l’état de la France.

J’entends bien qu’il est très commode pour ces deux groupes – l’un soutien inconditionnel du pouvoir, l’autre adversaire extrémiste – de raisonner comme si l’irruption du RN était un accident, quasiment fortuit, comme la conséquence d’une légère imprévoyance, alors qu’au fil des années le plafond de verre s’est ébréché. Le Front républicain est apparu de plus en plus comme une offense à une démocratie honnête et transparente, l’anti-macronisme l’ayant « liquidé » le 19 juin.

Est-il pourtant si difficile d’admettre que le groupe du RN n’est pas une sorte d’intrus à l’AN, qu’on ne peut pas discuter de lui comme s’il n’était pas partie prenante du futur politique agité qui nous attend ? Il a été peu à peu conduit, stimulé, imposé, en tout cas guidé vers la représentation officielle de son importance dans le pays réel par des programmes qui heurtaient une multitude attachée à une volonté d’ordre, d’autorité, d’équité et de justice : qu’on lui pardonne !

Nicolas Sarkozy, élu en 2007, avait très nettement fait baisser le FN pour une raison simple et honorable : on savait qu’il appliquerait certaines des mesures nécessaires proposées par ce parti ou, si l’on veut, celles qu’une droite ferme et le FN pouvaient désirer en commun parce qu’elles étaient évidentes.

A contrario, la forte avancée du RN sous le premier mandat et le début du second d’Emmanuel Macron ont été engendrés par la mollesse régalienne d’un pouvoir, l’ensauvagement de la France – ce terme ne me paraît pas outrancier si on veut bien considérer l’état de notre pays au quotidien, dans ses territoires (qui ne sont plus préservés) et ses grandes villes, dans ses cités « sensibles » et ces zones qui ont clairement échappé à la loi nationale. Pour ne pas le constater, il faut refuser de le voir. Certaines belles âmes en seraient affectées dans leur humanisme, inaltérable parce qu’il ne touche pas la réalité…

Il faut ajouter à ces deux causes la manière infiniment maladroite, et par ailleurs totalement mensongère, dont le gouvernement a géré certaines crises, tout récemment le scandale du Stade de France. Pas de responsables, pas de coupables, sinon avec un bulletin dans l’isoloir et le fiasco en résultant pour le pouvoir.

Il est d’ailleurs proprement inqualifiable qu’après de telles incompétences et honteuses péripéties, que suite à de tels dissimulations et travestissements, rien de disciplinaire n’ait été mis en branle à tous niveaux et pour tous les services concernés. Ce n’est pas rien que d’avoir créé une image de la France moquée et dégradée en Europe !

Croit-on par ailleurs que tel ou tel délire de Jean-Luc Mélenchon sur la « police qui tue », l’empathie affichée pour les transgresseurs compulsifs de l’ordre et, plus globalement, le souci de désarmer à tous points de vue une démocratie qui avait déjà du mal à être combative, n’ont pas eu leur influence sur la montée décisive du RN ? Je relève que ce constat semble partagé puisque par exemple François Ruffin le rejoint au moins partiellement en assignant à la gauche l’obligation de n’être pas seulement celle des métropoles.

Sans tomber dans le paradoxe, il y a là deux indifférences, au moins, à l’égard des angoisses de beaucoup de citoyens sur le plan de leur sécurité, de leur tranquillité. Mélenchon se moque de la subversion du quotidien par le délit et le crime : ce peut être un terreau pour la révolution. Le président n’a que condescendance pour ce peuple qui ne comprend rien à ce qui constitue le sel élevé de l’existence et, pour être honnête, si Emmanuel Macron a fait progresser un tantinet sa conscience des dangers qui nous menacent, « ses » lois ont toujours été rendues partiellement inefficaces par la logique perverse du « en même temps » comme si le réel n’appelait pas une franche et simple action, riposte, réaction, lutte. Tout sauf la finesse d’un esprit en chambre.

Je ne suis pas loin de penser aussi qu’il y a des médias qui ont clairement fait progresser le RN. Le Monde et Libération en particulier, le premier ne plaçant jamais la sécurité et la justice au rang des exigences prioritaires et ne condescendant à les aborder que si par exemple un François Ruffin en parle ! Il y a clairement une complaisance de beaucoup de journalistes, par une hostilité unilatéralement orientée, à l’égard de ce qui s’oppose à une protection ferme et une sauvegarde efficace de la société. Tout ce qui ne relève pas du RN ne peut qu’être bon par principe !

Cette comédie du « c’est pas moi, c’est l’autre » risque d’interdire toute prise de conscience. Le pouvoir sera toujours innocent puisqu’il n’est responsable de rien. La Nupes irresponsable puisque son angélisme subversif est un cadeau qu’elle prétend nous faire !

Pendant ce temps le RN engrange. La réalité, qu’on refuse, qu’on récuse, est son alliée.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Michel Onfray sur Europe 1 : « Marine Le Pen devrait être Premier ministre »